Les nouveaux acteurs de la scène urbaine

12 Mar 2019

Bien que la technologie rende accessibles à distance de plus en plus de services et d’usages, la ville dense reste envers et contre tout le modèle dominant.

L’étude récente « Comment les Français réinventent-ils la ville ? » montre cependant le fossé qui existe entre les arguments favorables à la concentration urbaine et les attentes des citadins*. Ainsi, selon cette enquête, près de 60 % des « habitants des villes-centres » de Paris et des 16 autres métropoles aimeraient « vivre ailleurs » s’ils en avaient la possibilité : « Seuls deux Français sur dix souhaitent vivre dans une grande ville ou à sa périphérie » ! Est-ce par manque d’espaces disponibles pour des projets peu ou pas lucratifs, ou par envie de nature ? Sans doute un peu les deux, si l’on constate le succès de certaines occupations temporaires de friches en attente d’aménagement et de construction dans un contexte de pression foncière. La reconquête de ces terrains par des opérateurs publics ou privés autorise des occupations éphémères dont le montage est devenu, en quelques années, le cœur de métier de nouveaux acteurs associatifs.
Ces porteurs de projets temporaires, pionniers en la matière, possèdent un véritable savoir-faire pour valoriser et sécuriser des sites à l’abandon en sous-louant, à des entreprises, des artisans, des artistes, des jardiniers…, de petites surfaces à des prix inférieurs au marché. Ces lieux alternatifs redonnent peu à peu vie à des îlots, à des quartiers peu animés, voire en déshérence. On y expérimente de nouveaux liens, on y développe des solidarités. Ces occupations bien gérées permettent également de maintenir lesdits lieux en bon état. Ces nouveaux usages peuvent modifier aussi le projet urbain prévu ; on parlera alors d’« urbanisme transitoire ».

* Bruno Marzloff et Philippe Moatti, 1re vague octobre 2017, Observatoire des usages émergents de la ville.

Grands voisins

Crédit : Elena Manente / Yeswecamp

La friche, antichambre de l’écoquartier

La maternité Saint-Vincent-de-Paul à Paris et la caserne Niel à Bordeaux, devenues des friches, ont changé de nom et de destination. Malgré leurs grandes superficies et leurs moyens limités, « Les Grands Voisins » et « Darwin » sont tous deux synonymes de solidarité et d’audace.

LES GRANDS VOISINS ~ PARIS, Un monde à part

Baptisée « Les Grands Voisins », l’occupation éphémère de la friche hospitalière Saint-Vincent-de-Paul – 3,4 ha dans le 14e arrondissement de Paris – connaît un succès certain à partir de 2015 et incarne, depuis, l’urbanisme transitoire orchestré ici par les associations Aurore, Yes We Camp et Plateau Urbain*.

En 2017, la Ville décide de prolonger pour deux ans et demi cette expérience d’un genre nouveau sur un territoire plus réduit et amorce la réalisation d’un écoquartier qui doit s’achever en 2023. Les travaux de démolition sont donc en cours alors que le site reste en partie occupé jusqu’en 2020. Ce projet ambitieux, aménagé par la société publique locale Paris & Métropole Aménagement, entend conserver l’esprit créatif d’origine des Grands Voisins en confiant notamment le socle commercial à un seul et même opérateur et gestionnaire. Celui-ci conservera certains projets en pratiquant des loyers modérés. La variété des fonctions, la cohabitation de groupes sociaux différents, la lutte contre l’exclusion et l’isolement – le nombre de places d’hébergement a été réduit – ainsi que l’ouverture sur l’extérieur demeurent les principes affichés. L’innovation urbaine prend ici la forme d’un écosystème, entre inclusion sociale et créativité, au bénéfice de tout le quartier qui vit une nouvelle ère. Ainsi, le futur écoquartier qui remplacera Les Grands Voisins abritera des biens communs avec espaces partagés, activités et services collectifs. La programmation est majoritairement résidentielle : 600 logements sur 70 % de la surface dont la moitié en logements sociaux. Bailleurs et promoteurs y testeront de nouvelles formes d’habitat, dont un projet de coopérative de logements sociaux destiné à 90 familles.

* Cette association a été lauréate du French Impact en 2018.

Grands voisins

Crédit : Elena Manente / Yeswecamp

DARWIN ~ BORDEAUX, Lieu incontournable

Darwin ressemble moins à un projet temporaire qu’à un mode de fabrication de la ville. Ce projet privé consiste en une occupation dynamique et durable qui relève d’un libéralisme « solidaire ».

L’installation de l’écosystème Darwin symbolise aussi une réussite entrepreneuriale, liée à une forme rentable d’économie sociale et solidaire. Sur près de 20 000 m² de bâtiments écorénovés d’une ancienne caserne militaire, se déploie une programmation mixte : bureaux partagés, commerces responsables, bistrots, piste de skate, ferme urbaine, etc. Conçu et développé par le groupe bordelais Évolution, le projet a été largement soutenu par la Ville qui avait pourtant coupé les subventions de bon nombre d’associations. « Laboratoire de transition et de développement d’alternatives citoyennes et solidaires », Darwin, devenu lieu incontournable de la ville, profite de la transformation et du réveil de la rive droite de la Garonne et y contribue. Aujourd’hui, Évolution n’accepte pas aisément de restituer certains des terrains prêtés par la municipalité pour que le programme limitrophe de la ZAC Bastide-Niel, prévu par la Ville, puisse se réaliser. Le projet comportera, entre autres, des logements et une voie publique.

Darwin

Crédit : Sebastien Ortola / REA

À la découverte de sites ignorés

Refermés sur eux-mêmes dans leurs vies antérieures, le Fort d’Aubervilliers et la gare de fret de Pantin se sont ouverts et jouent la carte de l’occupation éphémère. Après des essais réussis, ils vont accueillir le public pour des festivités et se transformeront finalement en écoquartiers.

LE FORT D’AUBERVILLIERS, Futur écoquartier

Le fort d’Aubervilliers, ancienne fortification de Paris qui remonte à 1843, est un des rares vestiges de la ceinture de Thiers. En vue de préfigurer l’écoquartier programmé sur le site, Grand Paris Aménagement et la ville d’Aubervilliers ont souhaité promouvoir une démarche d’urbanisme transitoire. Ainsi certaines casemates ont déjà accueilli des activités artisanales et créatives. On y trouve, en vrac : l’association Fort Recup – fondée par Dom Tappy et Thomas Winkel – qui anime un espace communautaire de travail partagé et lance un projet d’agriculture urbaine ; les architectes de l’association Collectif Parenthèse et l’atelier d’urbanisme Approche.s ! Certains proposent, par exemple, des animations pour les enfants du quartier.

En réinvestissant également deux grandes halles historiques, Grand Paris Aménagement confirme sa volonté de faire revivre les lieux, dans un décor imaginé par le réseau « Depuis 1920 », des artisans multi-disciplinaires qui réalisent des constructions où domine le bois.
L’association Villes des musiques du monde a concocté une programmation musicale ambitieuse axée sur les pratiques amateurs. Fermé pour l’heure, le fort doit s’ouvrir au public au printemps 2019.

Réalisation : Wilfrid Duval, vidéaste urbain © Wilfrid Duval / Urbaparis.fr

LA CITÉ FERTILE ~ PANTIN, Mégafriche culturelle

Toujours au nord de Paris, à Pantin, la Cité Fertile, installée dans une ancienne gare de marchandises encore en activité et « mise à disposition », s’inscrit dans la démarche intitulée « Urbanisme transitoire by SNCF Immobilier ».
Confiée à l’agence Sinny&Ooko, elle va connaître, trois ans encore, d’importantes mutations. Dans cet espace de 10 000 m², un double objectif : investir les lieux dans un climat festif en prévision des aménagements du futur écoquartier et créer un lieu alternatif d’incubation et de création. Ce sera à terme la plus grande friche culturelle d’Île-de-France. Elle compte par ailleurs 200 espèces de plantes et une microbrasserie locale… Le projet peut-il devenir durable ? On lui souhaite en tout cas longue vie.

Réalisation : ID L’info Durable#TousActeurs © ID L’info Durable#TousActeurs

Eléments initialement présentés dans l’exposition « Décloisonnons la ville ! » à la Cité de l’architecture & du patrimoine, du 30 janvier au 11 mars 2019. Plus d’informations dans le catalogue de l’exposition.

Demain la ville le lab

Vos réactions

Jean Claude Anaf 20 mars 2019

Merci pour tout ce beau partage ! Cela donne envie de se renseigner et d’être acteur d’une nouvelle façon de vivre, même en ville !

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