Sous les pavés le lien social

Une installation inspirante : "La terre où les arbres rêvent" par Laurent Pernot sur la place Royale à Nantes. © Laurent Pernot/ Voyage à Nantes
30 Juin 2022 | Lecture 3 min

Selon l’OMS, les cas d’anxiété et de dépression liés à la pandémie de Covid-19 augmentent de 25 % dans le monde. De fait, deux ans de distanciation physique et de gestes barrières ont abimé le tissu social. De nouvelles peurs ont infiltré le rapport à l’autre : peur du contact physique, peur de la maladie, peur des rassemblements et syndrome de « la cabane ». La pandémie a accéléré les problèmes de santé mentale, surtout chez les jeunes et les plus modestes. Pour semer des graines de joie en ville et réunir à nouveau les habitants, deux étudiantes de l’École de Design Nantes Atlantique ont conçu des dispositifs ingénieux. La Tiny Factory et l’atelier « Dessine ta rue » rallument la vie de quartier !

Tiny Factory

La fabrique de quartier

Agathe Blanchard, étudiante au City Design Lab 1 a constaté le manque de lien social prévalant dans le quartier Mellinet à Nantes. L’appropriation de ce quartier par ses habitants est peu visible et palpable.

Ce constat l’a amenée à s’interroger : comment créer un contexte urbain fédérateur et vecteur de lien social ? Comment aider les habitants à s’approprier leur quartier ? Sa proposition, la Tiny Factory, offre aux citoyens un point de rendez-vous attractif et original. C’est un lieu qui provoque et cimente le lien social tout autant qu’il invite à s’impliquer dans son environnement immédiat.

Le quartier Mellinet à Nantes © Agathe Blanchard

Le quartier Mellinet à Nantes © Agathe Blanchard

Un positionnement à 3 niveaux

La jeune designer s’aligne sur trois piliers de positionnement :

  1. Identifier les critères favorisant le lien social et les intégrer au design d’espace ;
  2. Penser un espace dédié à la rencontre et à la création d’interactions sociales ;
  3. Créer du lien avec les projets existants pour amplifier la cohérence et la continuité des infrastructures en place.

Le concept

Une structure mobile et adaptable

Structure mobile dotée d’une remorque, la Tiny Factory ressemble à une tiny house. Elle peut migrer dans divers points stratégiques du quartier tels que l’ex Caserne Mellinet ou la Caserne Mitrie.

Ses formes franches et arrondies, à l’esprit industriel, mêlent bois clairs et camaïeu de bleus verts. Compacte, elle abrite, à l’étage, une mezzanine qui sert de débarras. Au rez-de-chaussée, son espace cuisine, avec ses rangements muraux en hauteur et sa table entourée d’assises, accueille commerçants ou visiteurs. Une bibliothèque collective se trouve à gauche de la cuisine, derrière l’échelle de meunier qui donne accès à la mezzanine. Au sol, la Tiny Factory déploie une large terrasse faite de dalles emboitables en pin massif.

Les composantes de la Tiny Factory © Agathe Blanchard

Les composantes de la Tiny Factory © Agathe Blanchard

Des activités centrées sur les loisirs et la citoyenneté

Grâce à son mobilier nomade et à ses portes coulissantes sur rails, elle propose des activités plurielles : ventes ponctuelles de produits alimentaires, ateliers sportifs, accueil d’artistes, point d’information culturel ou encore  collaborations avec des communautés de makers. Elle accueille principalement trois catégories de visiteurs : habitants, commerçants et intervenants.

Espace de détente, la Tiny Factory peut aussi service la gouvernance démocratique locale avec la constitution d’une association ou comité de quartier. On y élit un « bureau » qui se regroupe régulièrement à la Tiny Factory pour améliorer le cadre de vie du quartier. En se fédérant autour d’un projet commun et en dialoguant avec les instances décisionnelles de la ville, les citoyens unissent leur voix et se font entendre.

Ateliers sportifs et culturels, ventes éphémères, fablabs et comité de quartier © Agathe Blanchard

Ateliers sportifs et culturels, ventes éphémères, fablabs et comité de quartier © Agathe Blanchard

Dessine ta rue

Un atelier pour réveiller la rue piétonne

Atelier Dessine ta rue © Alice Guillou

Atelier Dessine ta rue © Alice Guillou

Analyse des rues piétonnes nantaises

Dans la ville de Nantes, les rues piétonnes fleurissent. Depuis 2019, 10 rues piétonnes temporaires maillent la ville du mois d’avril au mois d’octobre. L’urgence climatique et la redynamisation des commerces de proximité post-Covid-19 expliquent ces aménagements éphémères. Alice Guillou, étudiante au City Design Lab, a analysé les usages des rues piétonnes. Elle a dressé un bilan en 3 points  :

  1. les rues piétonnes servent principalement d’espace de circulation et de consommation ;
  2. les piétons participent peu à la démarche de piétonnisation ;
  3. les usagers témoignent d’un besoin commun de recréer du lien social suite à la crise sanitaire.

L’atelier sur les possibles de la rue

Alice Guillou a souhaité répondre aux questions suivantes  : Comment accompagner le piéton à réinventer sa rue ? Comment le rendre acteur d’une nouvelle expérience urbaine utile et ouverte au public ?

Elle a pensé un atelier participatif impliquant commerçants, passants, habitants et ville de Nantes. Via des affiches distribuées par les commerces de rue, le réseau d’affichage public et le site internet de la ville, l’évènement apparaît, dans un premier temps, sous la forme d’un teaser.

Et si traverser cette rue se faisait…

Affiches annonçant l’évènement Dessine ta rue © Agathe Blanchard

Affiches annonçant l’évènement Dessine ta rue © Agathe Blanchard

Le jour de l’atelier, un médiateur propose au passant de faire tourner la roue des scénarios intitulée : « Et si traverser cette rue se faisait… » La personne choisit entre 4 facteurs variants, selon la combinaison qu’elle préfère. À partir de cette combinaison, le médiateur lui demande : « Qu’aimeriez-vous que la rue vous permette ? »

Les récits archivés prennent vie à travers des scénarios imaginaires dessinés sur un cadre transparent. Ce cadre est un dispositif pliable qui s’attache à la barrière, située à l’entrée de la rue et bordant l’espace physique de l’atelier.

Le cadre transparent est constitué de panneaux démontables en plexiglas qui servent de supports pour dessiner. Y est accolé un banc pour accueillir et faciliter le travail des citoyens créatifs. Puis le médiateur capture chaque proposition sur son appareil photo.

Le dispositif pliable banc-panneau Dessine ta rue © Agathe Blanchard

Le dispositif pliable banc-panneau Dessine ta rue © Agathe Blanchard

Un vote à coups de gommettes

Les idées présélectionnées sont ensuite validées en concertation avec les équipes du développement de la ville de Nantes. L’estimation de leur coût et de leur faisabilité technique prime. Dans la rue, le panneau en place déploie à présent toutes les propositions recueillies. Les passants, eux, sont invités à voter pour 3 aménagements possibles grâce à un système de gommettes.

Suite à l’atelier, un mobilier unique et pérenne est créé, co-conçu avec les usagers. Cet aménagement spécifique et sur-mesure habille la rue d’un nouvel éclat, la distinguant de toutes les autres. Il rassemble, amuse, oriente ou réconforte, selon le choix qui aura été effectué par de multiple acteurs de la ville.

La tiny factory ou l’aménagement de rues piétonnes témoignent d’un besoin urgent de réanimer des vies de quartiers endormies par la crise sanitaire. Refaire circuler du mouvement, de la créativité, de l’intelligence collective et du lien social semble être le défi lancé par les deux jeunes designers.

L'École de design Nantes Atlantique
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